LA VIE D'UN FILS D'OUVRIER AGRICOLE

L'OCCUPATION SE DURCIT

num_risation0011Trente et unième chapitre

La vie devenait de plus en plus difficile, le patron avait beaucoup de mal pour trouver les produits nécessaires pour le restaurant, le plus souvent nous n'avions comme viande que du boeuf fumé à servir à nos clients que la cuisinière accommodait de différentes façons pour varier les menus. 

Un jour, venant de je sais où, le patron nous a ramené un beau et gros lièvre. Suivant la tradition il a été mis à faisander à la cave où pendant près d'une semaine je l'ai eu sous les yeux le voyant "mûrir". Quand il a été cuisiné, connaissant l'état de la bête et étant dégoûté d'avance, j'ai laissé ma part aux autres. Le personnel du buffet l'ont apprécié. 

A la gare, les contrôles étaient plus importants, la gestapo aidée par les miliciens français vérifiait l'identité de nombreuses personnes circulant en ce lieu. Certaines furent arrêtées et emmenées sans ménagement vers des destinations inconnues. Les cheminots eux-mêmes étaient très surveillés dans le travail par les "banfoh", nom des responsables d'un service allemand qui contrôlait les gares, dépôts et ateliers de la S.N.C.F.num_risation0010

Les sabotages dans les gares et dépôts allaient en s'amplifiant (déraillements, erreurs d'aiguillage les trains partant dans une direction opposée etc..) ce qui perturbait la logistique ferroviaire allemande. 

A tout cela s'ajoutaient les mitraillages par l'aviation alliée qui régulièrement occasionnaient de nombreux dégâts sur le matériel roulant souvent mis hors d'usage après ces raids efficaces. Au fil du temps ceux-ci devenaient de plus en plus nombreux et la défense allemande pourtant assez importante de la gare et du dépôt ne pouvait que subir. Cette dernière se composait de canons quadruples de 20 mm installés sur une petite colline en prolongement du bois de la boucle d'Elle. D'autres étaient installés sur deux wagons, un projecteur complétait cette défense. Mais comme le disait un cheminot : - La flak est plus dangereuse pour nous que pour les zincs ! Il est vrai que les avions arrivaient en rase motte, la D C A étant légèrement en hauteur tirait en contrebas, et les projectiles coupaient fils électriques et téléphoniques, perçant même les châteaux d'eau alimentant les locomotives. Un jour tirant dans la précipitation, une flanum_risation0009k installée sur un wagon près du buffet a arraché le toit de la bibliothèque qui se trouvait sur le quai.

Nous étions informés de l'arrivée de ces avions par les gares de Littry ou de Carentan suivant d'où ils venaient. Aussitôt avertis les sirènes de la gare se déclenchaient, mais les premiers signaux émis, les avions étaient déjà là, avant que nous ayons le temps de courir aux abris distants d'une cinquantaine de mètres.

Un jour courant aux abris, je me suis aperçu que je n'avais pas récupérer l'argent de la caisse comme l'avait demandé le patron. Je suis reparti la chercher, au retour les avions étaient déjà là, et à plat ventre sur le quai, les balles venaient s'écraser à moins d'un mètre de moi sur les rails; de l'abri où ils étaient, ayant vu la scène, les cheminots se demandaient si j'allais me relever.

L'aviation alliée attaquait les trains en pleine campagne, mettant le plus souvent la locomotive hors d'usage, l'avion passait une fois avant de tirer, laissant le temps aux chauffeur et mécanicien de se planquer sur le tender. Sur la ligne d'Isigny, lors d'un mitraillage un allemand accompagnateur est resté aux commandes a été tué, les français eux sur le tender étaient sains et saufs. num_risation0006

Un avion allié  abattu par la flak s'est écrasé sur la gare d'Airel en l'incendiant, la chute de cet avion a eu lieu le deux juin mille neuf cent quarante trois. Un autre avion allié aurait été abattu et serait tombé près de l'église de Moon sur Elle. Je n'ai pas eu d'échos à l'époque concernant cet état de fait. Un autre avion allié s'est écrasé avant le Molay Littry, il volait très bas en mitraillant une machine et a accroché les arbres qui l'ont déséquilibré le faisant tomber.

Une autre fois, venant de derrière le bois de la boucle d'Elle apparaît un avion, la flak tire aussitôt et l'abat, il s'agissait d'un petit avion venant de Cherbourg, avec à son bord des officiers allemands et beaucoup de victuailles, malgré son hélice sectionnée le pilote peut éviter les lignes téléphoniques piquant son nez dans la rivière d'Elle sans tnum_risation0002rop de dégâts.

Peut de temps après c'est un chasseur allemand qui a subi le même sort avec moins de chance puisqu'il s'est écraser un peu plus loin dans la campagne. Au buffet, quelques soldats allemands qui fréquentaient souvent ce lieu sont très contents et nous disent :- tomy kaput !, ils prennent leurs vélos pour aller voir l'avion ennemi tombé. Entre temps nous apprenons que c'est un avion de la "luftwaffe". A leur retour, nous leur montrons notre joie en leur disant :- tomy bien kaput ? Ils sont repartis sans demander leur reste.

 

                              A suivre....