LA VIE D'UN FILS D'OUVRIER AGRICOLE

L'OCCUPATION

num_risation0007VINGT CINQUIEME CHAPITRE

Jusque là, avec l'occupation la vie, surtout à la campagne, continue tant bien que mal, mais dès octobre mille neuf cent quarante, le gouvernent de Vichy met en place des tickets de rationnement.

Les denrées venant à manquer, en partie ponctionnées par les allemands, le ravitaillement devient de plus en plus dur, devenant la préoccupation principale de tous les instants.

Les tickets de rationnement sont distribués par les mairies, ceux-ci étant attribués  suivant la composition de la famille, la répartition se faisant en six catégories (voir tableau).

Les denrées concernées pour l'alimentation sont les suivantes : Le pain, les pâtes alimentaires, la viande, le sucre, les matières grasses, le lait, le chocolat etc..  En dehors de ces produits de première nécessité, les articles textiles, les chaussures, le tabac etc... sont aussi rationnés. Pour ceux-ci existaienum_risation0052nt des bons d'achats.

Si dans les villes les gens se serraient la ceinture, à la campagne, nous n'étions pas les plus malheureux. Presque tous avaient leur petit lopin de terre transformé pour la circonstance en jardin potager, on y cultivait: pommes de terre, topinambours et autres légumes. Dans beaucoup de maisons, on élevait des poules et lapins qui venaient compenser le manque de viande que l'on pouvait trouver dans quelques fermes qui pratiquaient l'abattage clandestin. Dans un hameau assez isolé de la commune voisine, un fermier abattait très souvent des animaux de son exploitation, où nous allions nous ravitailler en viande, ne profitant pas de la pénurie du moment, celle-ci était vendue au prix normal; soit environ dix francs (de l'époque) le kilo. J'allais chercher ce produit à bicyclette tout en évitant les grandes routes pour ne pas être pris par les gendarmes qui veillaient au respect des lois de Vichy.

Malgré la pénurie, nous arrivions à vivre assez bien, à part quelques denrées de première nécessité qui faisaient défaut, comme le pain qui était très rationné.

Pour la viande, nous étions peu concernés, nous avions droit à cent quatre vingt grammes par semaine.

Pour le sucre, la ration étanum_risation0053it de cinq cent grammes par mois.

Les fromages et matières grasses étaient eux aussi limités.

Ce qui nous manquait le plus c'était le pain, selon les catégories les rations journalières variaient entre cent et trois cent cinquante grammes par jour, ce qui était peu, alors il fallait de débrouiller. Une petite astuce qui m'est arrivé de faire; lorsque j'allais à la boulangerie, le boulanger, un auvergnat, comptait les tickets vérifiant que j'avais le compte, si pour lui un sou était un sou, un ticket était aussi un ticket. Lorsqu'il allait chercher le morceau de pain dans son fournil, il laissait les tickets sur le comptoir, me permettant lors de son absence d'en récupérer quelques uns qui me servaient pour le prochain achat.

Beaucoup plus risqué, c'était le vol de pain aux allemands: souvent passait devant notre maison une charrette chargée de boules de pain pour l'armée, on essayait de discuter avec l'allemand assis sur son siège à seule fin de détourner son attention. Pendant ce temps un de nous passait derrière le convoi et prélevait une ou deux boules en faisant très attention.num_risation0004

Le café lui aussi était rationné, d'ailleurs la vente de produit pur était interdite, avec les tickets nous n'avions qu'un mauvais mélange. Il fallait donc se débrouiller avec les moyens du bord; on grillait de l'orge de la même façon que le café vert, certains grillaient aussi des glands qui donnaient de l'amertune à la boisson.

Le savon manquant, ma mère en fabriquait avec de la graisse de boeuf qu'elle faisait fondre en ajoutant divers produits, je crois que c'étaient de la potasse et de la soude caustique. Le tout bien cuit, le liquide était versé dans d'anciennes boites à gâteaux jusqu'à refroidissement, ensuite tout était démoulé et mis à sécher à l'air libre.

 

                            A suivre......