LA VIE D'UN FILS D'OUVRIER AGRICOLE

TRAVAIL, GUERRE ET OCCUPATION

Vingt troisième chapitre

 

Trois septembre mille neuf cent trente neuf. Au clocher du village, les cloches ont retenti annonçant l'entrée en guerre denum_risation0002 la France contre l'Allemagne. Autour de nous une grande émotion. Les hommes se sont préparés à partir pour le front laissant les femmes très inquiètes

Mon père s'est préparé pour rejoindre son unité, il avait quarante trois ans, cela faisait vingt et un ans qu'il avait terminé la première guerre mondiale, avec une grande victoire comme il disait, pour quoi faire ? il lui fallait recommencer.

Trop âgé pour être incorporé dans les forces vives de l'armée, le paternel est rentré dans le foyer familial une semaine après son départ, reprenant son métier de facteur.

La vie a continué à la ferme, n'ayant ni radio, ni télévision (celle-ci n'existant pas) à la maison, les nouvelles du front nous parvenaient difficilement, le peu de journaux à notre disposition nous renseignaient sommairement. Nous savions qu'en avril mille neuf cent quarante "la Wehrmacht" avait envahi le Danemark et la Norvège. L'armée allemande avançait considérablement. Le dix mai de cette même année c'est au tour des Pays Bas, de la Belgique et du Luxembourg. Les troupes françaises sont rassurées, possédant un réseau défensif très important sur nos frontières; "la Ligne Maginot", pratiquement imprenanum_risation0004ble avec ses fortifications.

Tactique non prévue par nos généraux, les troupes allemandes sont passées par la Belgique, aucune fortification n'était en place de ce côté.

Le treize mai, c'est l'invasion de notre pays, suit la percée de Sedan.

Avec leurs chars, les allemands rejoignent la mer et encerclent les troupes françaises et anglaises dans la poche de Dunkerque. Les anglais rembarquent dans la plus grande confusion pris au piège.

C'est la débâcle militaire, on ne sait où sont passés les Etats Majors de l'armée. L'exode des populations jetées sur les routes dans la plus grande confusion. Quelques jours plus tard des files importantes de personnes arrivent dans notre région pour fuir les allemands, ayant eu à subir les mitraillages des avions de la "Luff Wafd".

Sur la route devant chez nous, des cortèges entiers passaient avec des moyens de locomotion de tous genres: voitures automobiles, charrettes tirées par des chevaux, chariots à bras, brouettes, landaus etc.... , tous ces ensembles chargés au maximum. Dans ces machines roulantes on y trouvait des matelas, des meubles, chaises, objets bizarres que les fuyards avaient voulu sauver, et qui, de nombreuses fois étaient jenum_risation0003tés sur le bord des routes, trop encombrants ou trop lourds à porter.

Dans ce flot de monde des soldats français ne sachant où aller, leur unité s'étant évaporée dans la nature.

Parmi ces réfugiés des personnes de tous âges, des jeunes enfants encore au sein, de nombreuses personnes âgées, peinant à suivre les groupes, tirant des poussettes avec courage, contenant le peu de choses qui leur tenait à coeur.

Dans le village, les habitants aidaient ces gens de leur mieux, distribuant boissons chaudes ou à manger.

Ma mère distribuait du lait qui était bien accueilli par les enfants fuyant les zones de combat.

Nous arrivions à savoir où se trouvaient les allemands, sachant qu'ils seraient bientôt chez nous.

Juin, les troupes ennemies approchent de Paris où ils seront le quatorze juin.

Cet après midi là, nettoyant avec mon père un pré près de la route, nous avons entendu un bruit assourdissant. C'était des chars d'assaut et véhicules allemands qui arrivaient dans notre côte et qui y ont stationné un bon moment, les apercevant, mon père s'est mis à pleurer, lui qui avait fait la grande guerre de quatorze. Nous sommes rentrés à la maison laissant le travail en suspend.

Les forces allemandes ont avancé inéxorablement au travers de la France ne rencontrant que peu de résistance de la part des français, tout étant désorganisé dans l'armée.num_risation0005

En certains lieus, quelques soldats bien déterminés ont su résister, près de chez nous un petit groupe a tenu un pont pendant deux jours avec son canon, empêchant les allemands de le franchir, ce qui a permis aux anglais de rembarquer avec une bonne partie de leur matériel. Ce grand port du Cotentin leur offrant cette possibilité.

La moitié de la France est occupée, l'armée allemande se trouvant sur la Loire le dix huit juin et à Clermont Ferrant le vingt et un juin.

Sollicitée par le Maréchal Pétain, l'armistice a été signé le vingt deux juin à Rotondes.

C'est le commencement de l'occupation nazie.

 

                                  A suivre......